Microsoft a publié une étude, basée sur plus de 200 000 interactions réelles avec son assistant Copilot, identifiant les professions particulièrement vulnérables face à l’intelligence artificielle, ainsi que autres moins concernées. À l’aide d’une métrique appelée « AI applicability score », l’étude mesure dans quelle mesure les tâches propres à chaque métier peuvent être réalisées efficacement avec le soutien de l’IA.
🧠 Comment l’étude a été menée
Des conversations anonymes entre utilisateurs et outils tels que Copilot ont été analysées sur une période de neuf mois, en 2024.
Chaque conversation a été associée à des tâches figurant dans une base de données professionnelle afin d’évaluer dans quelle mesure l’IA pouvait couvrir des fonctions critiques de chaque métier.
Le score obtenu révèle un fort recoupement entre les tâches humaines et les capacités actuelles de l’intelligence artificielle.
Les professions les plus vulnérables
Selon les données publiées, les métiers impliquant la production de contenu, la traduction, la communication ou le service client figurent parmi les plus exposés à l’utilisation de l’IA :
- Interprètes et traducteurs, avec un chevauchement de tâches d’environ 98 % avec l’IA.
- Historiens, écrivains, journalistes, rédacteurs et correcteurs.
- Agents du service client, représentants commerciaux et téléopérateurs.
- Professionnels des relations publiques, enseignants (activités hors classe) et animateurs radio (comme les DJs).
Ces métiers comportent souvent des tâches répétitives ou standardisées — rédiger, éditer, traduire, répondre à des requêtes — que l’IA est déjà capable d’exécuter avec une efficacité croissante.
Les professions les moins exposées
À l’autre extrémité du spectre, on trouve des métiers qui nécessitent une présence physique, des compétences manuelles complexes ou des interactions humaines directes :
- Soins personnels : techniciens en prélèvement sanguin, aides-soignants, masseurs.
- Services manuels : agents d’assainissement, nettoyeurs, peintres, couvreurs, ouvriers du bâtiment, travailleurs en infrastructures.
- Activités spécialisées liées aux machines : opérateurs de gros équipements, maintenance, opérateurs de systèmes industriels.
Neuf professions ont même obtenu un score nul sur l’échelle de vulnérabilité.
Ces fonctions exigent de la variabilité, de l’improvisation, de l’attention humaine et une interaction avec l’environnement physique — des dimensions que les IA actuelles ne sont pas en mesure de reproduire.
Ce que cela signifie pour le marché du travail
Transformation plutôt que suppression : un score élevé d’applicabilité n’implique pas nécessairement une suppression d’emploi. De nombreuses fonctions seront transformées par l’IA plutôt qu’éliminées, grâce à l’efficacité et au soutien qu’elle apporte aux équipes humaines.
Requalification urgente : dans certains pays, près de 30 % des emplois sont jugés à risque en raison de l’IA ou de l’automatisation. De plus, les entreprises rencontrent déjà des difficultés croissantes pour recruter des talents dotés de compétences numériques et liées à l’IA.
Valorisation des compétences humaines : des aptitudes comme la pensée critique, l’éthique, le travail en équipe, l’empathie et la littératie numérique deviennent essentielles selon les études récentes sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le travail.
Débat entre dirigeants : certains leaders du secteur estiment que les développeurs resteront indispensables pendant encore plusieurs décennies, tandis que d’autres envisagent la disparition progressive de la programmation traditionnelle grâce à l’évolution de l’IA.
Conséquences pratiques pour les professionnels
Les personnes travaillant dans les domaines de la rédaction, du marketing, de la traduction, du service client ou du journalisme doivent commencer à intégrer l’IA dans leurs pratiques professionnelles. Cela implique de développer des compétences telles que l’ingénierie de requêtes (« prompt engineering »), l’analyse critique et la supervision éthique du contenu généré.
À l’inverse, les métiers manuels, de la santé ou techniques qui nécessitent une présence physique directe conserveront leur pertinence, bien qu’ils puissent aussi être partiellement transformés par l’automatisation ou les technologies émergentes. Cela exigera de la flexibilité et une formation continue.
🧾 Exemples stylisés du classement (tendances de l’étude)
Les plus exposées :
- Interprètes/traducteurs
- Historiens
- Auteurs, journalistes, rédacteurs
- Agents commerciaux
- Service client
- Relations publiques
- Téléopérateurs
- Enseignants de contenus à distance
Les moins exposées :
- Techniciens en prélèvement sanguin
- Aides-soignants
- Masseurs
- Agents d’entretien
- Ouvriers du bâtiment
- Opérateurs industriels
- Couvreurs
- Travailleurs en assainissement
Ce que les entreprises et décideurs doivent faire
- Investir dans la formation continue : il est recommandé de mettre en place des programmes régionaux et de revoir les cursus éducatifs en y intégrant les compétences numériques et l’intelligence artificielle.
- Soutenir la requalification et la transition vers des rôles hybrides.
- Encourager l’innovation et l’esprit entrepreneurial, notamment dans les secteurs les plus touchés.